RENCONTRE D'HOMMES
A CHEMIN-DESSUS SUR MARTIGNY

 

Explorer, apprendre à aimer et aménager la maison que constitue la personne de chacun,
pour s'y sentir bien et la rendre accueillante.

Une maison, c'est un peu comme une personne.

        Au fond de ma mémoire, j'ai retrouvé le souvenir de cette maison. Elle est complètement isolée, à la limite du territoire de mon village d'origine. Elle faisait partie des repères de mon enfance. Curieux de ce qu'elle était devenue, j'y suis retourné voir. Elle était toujours là, mais dans quel état ! Construite il y a environ deux cents ans, elle avait été très tôt déshabitée. Une maison, c'est un peu comme une personne. Elle était née d'un projet pourtant prometteur. Son propriétaire rêvait de s'y retirer et d'en faire un lieu d'accueil pour les voyageurs sur la route qui passait par là. Or, le trafic automobile naissant nécessita un tracé plus direct, reléguant la petite route au rôle de chemin vicinal.

        Puis, j'ai constaté que le remaniement des terres agricoles avait encore supprimé tout accès à proximité, achevant ainsi son isolement. Maintenant, elle est perdue au milieu des champs.

        Son nom me fascinait : La Repentance. On dit en effet que celui qui l'avait fait construire s'en était repenti. Je l'imagine ayant cédé à un profond découragement.

        Dommage qu'il n'ait pas relevé le défit.

                                                                        L.

La vie s'en est allée.

 

        Tournant le dos aux premiers contreforts des Alpes, elle est plantée là cette maison, dans ce splendide isolement, faisant face aux collines du Jura. Maintenant, elle supporte à peine l'outrage du temps.

        Alentour, rien ne semble s'animer, sinon les activités liées à la culture des champs ou l'exploitation de la forêt voisine, rythmées par les saisons. Le soir, à peine lui parvient quelque rumeur montant du hameau de La Combe, venant troubler le silence de la nuit qui descend.

        Dans la cuisine, personne au fourneau, pas de voix d'enfants, pas de confidences autour d'un verre à boire. Il en est ainsi depuis des générations.

 

        La vie n'est plus là.

                                                        L.

Perdre son âme.

 

 

        Avez-vous regardé cette façade ? Là où il y avait des fenêtres, le mur a été éventré faisant place à une large porte de remise. Il a été colmaté grossièrement par du béton sans âme, empiétant même sur l'entrée de la petite écurie.

        L'intérieur a été vidé : plus de cuisine avec sont grand manteau de cheminée, son poêle de molasse donnant sur la chambre, sur lequel il faisait bon s'asseoir un instant les soirs d'hiver, juste pour prendre une poignée de chaud. L'escalier a disparu, emportant avec lui dans sa chute les chambres de l'étage. On a fait de la place pour réduire des machines agricoles.

        La grange, rafistolée avec des planches de guingois, ne sert plus que d'entrepôt pour les meules de paille et de foin, cité de rêve pour rats ou campagnols. On a coupé aussi les buissons qui étaient venus cacher un peu de cette laideur et habiller discrètement la nudité de la maison. Quel spectacle désespérant que cette maison au seuil de la ruine, après un trop long abandon.

        Personne n'a eu le coup de cœur.

                                                                        L.

Quel gâchis !

 

 

        Voici la belle façade, celle du devant de la maison, face à ce beau coin du Pays de Vaud. L'architecte a voulu de l'ouverture et de la lumière qui entre à flots. Il y a mis aussi l'entrée principale où se croiseraient hôtes et voyageurs. Mais tout est resté clos derrière les volets maintenant délabrés.

        Il y a une certaine aisance cossue qui se dégage de ces encadrements de molasse taillée, de ses moellons d'angle en molasse aussi, surmontés d'une petite corniche. Le style n'est plus celui de la ferme vaudoise, toute ramassée. Son propriétaire s'était sans doute élevé d'un rang, il était devenu désireux d'une "carrée" comme on dit chez-nous - une villa avant la lettre.

        Je rêve : je vois une terrasse, avec juste ce qu'il faut d'ombre et quelques tables où des marcheurs s'attardent et étanchent leur soif en partageant le verre de l'amitié. Mais ce n'est qu'un rêve, celui de son premier propriétaire. Quel gâchis !

        Pourtant, je crois à l'instant de grâce, porteur de désir, d'imagination et de ténacité, qui l'airait sauvée.

        Et toi, lecteur de ces lignes, que fais-tu de ta maison ?

                                                                                L.