Un regard sur la paternité

 

L'été 2004 vient de se terminer, j'ai vécu plusierus stages de développement personnel. A chaque stage, un thème revient sans qu'il soit spécifiquement ciblé dans les prospectus présentant ces stages : la filiation.

Fin d'été et en même temps, fin de vie : ma mère décède.

Ma filiation, encore.

Le lendemain de la cérémonie, la rédactrice romande de la revue Sage-Femme Suisse (www.sage-femme.ch) me téléphone pour me demander "du côté du réseau hommes, le témoignage d'un père ou une réflexion d'un non père sur le rôle des pères durant la grossesse et pendant l'accouchement. L'auteur s'interrogerait sur le thème et apporterait ses réponses en toute subjectivité. Dans le cadre de votre démarche "être fils de...", peut-être serait-il intéressant d'approcher le thème du rôle des pères sous cet angle générationnel: par exemple, comment définissons-nous notre rôle en regard de celui qu'avaient auparavant nos pères..." Question volume, le texte serait dans ce cas un peu plus court que ce dont nous avons discuté au téléphone, à savoir environ 4000 signes.

Je trouve le hasard parfois bien complice de mon développement personnel.

La contrainte des 4000 signes ne me permet pas d'intégrer tout ce que j'aurais aussi à dire sur le rôle des femmes dans la paternité, sur ce que je me réjouis de vivre avec ma partenaire dans l'aventure de la parentalité (rite de conception, célébration de la grossesse, haptonomie, accouchement en maison de naissance ou à domicile, congé paternel si possible de 4 mois... rencontre avec l'enfant... ).

Pour ne pas devenir illisible à force de vouloir trop en dire, j'ai préféré circonscrire au maximum mes élans.

Le texte qui suit a servi de base au texte qui est paru dans la revue Sage-Femme Suisse de novembre 2004.

Filiation et paternité

Quelle réflexion un non-père a-t-il sur la paternité ?

La paternité me travaille depuis ma puberté : je suis sûr de devenir père puis, vers 25 ans, je deviens en guerre contre les stéréotypes de l'homme masculin-féminin, bon mari, prince charmant, père-maternant...

Et aujourd'hui ?

Aujourd'hui, à 37 ans, je vis un processus de synthèse et d'intégration de ces deux mouvements contradictoires en élaborant un projet de week-end de développement personnel : je souhaite honorer la paternité avec une dizaine d'hommes en vivant un rituel "chamanique" de partages et de paroles.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, honorer, en hébreux, signifie donner du poids, de la valeur et un sens symbolique. Notre culture a tué la dimension sacrée et transcendante des rites de procréation et de naissance en se focalisant sur les aspects médical ou économique. C'est l'enfant qui institue le père. Mais ce n'est pas le rôle d'un enfant que d'instituer ses parents, c'est le devoir et la responsabilité des adultes entre eux.

Le week-end "paternité" vise à honorer ce passage du fils-d'homme vers l'homme-père, et à l'organiser dans le réel par un rituel. Ce rituel ne remplace pas la profonde "révolution" liée à la naissance d'un enfant, il vise à initier et célébrer l'homme en paternité.

Avez-vous parler de votre projet à d'autres hommes ?

Oui, je partage mes idées dans le cadre d'un groupe d'hommes. D'ailleurs, l'un d'eux a confié : "il y a eu un avant et un après la naissance de mon enfant. Dans l'avant, j'étais totalement incapable d'imaginer ce que j'allais vivre, à part imaginer des situations stéréotypées."

Qu'est-ce qu'un groupe d'hommes ?

C'est un espace protégé (respect, non jugement) dans lequel des hommes partagent leurs expériences et leurs interrogations sur leurs manières d'être au masculin. L'important est de pouvoir laisser affleurer les émotions et de les accepter. Il s'agit d'essayer de dire "ce que je ressens" plutôt que "ce que je pense". Nous pratiquons également des exercices corporels pour découvrir ou retrouver la spontanéité des gestes, le plaisir du jeu et l'émerveillement du toucher entre hommes.

Les thèmes importants tournent autour des événements marquants de la vie d'un homme : quel homme je suis, comment j'assume ma place dans ma filiation, dans la société, dans ma relation aux femmes ou encore, comment je vis ma sexualité...

Que signifie "être à sa place dans la filiation ?"

Etre à ma place dans ma filiation, c'est être au clair que, pour devenir père, je dois d'abord accueillir, reconnaître et célébrer le fils que je suis : aimer ce fils-en-moi, respecter mes racines, honorer mon père et ma mère.

Reconnaître mes racines, c'est assumer mes doutes, mes désirs et ma sexualité. C'est permettre à l'enfant dont je suis père de vivre sa vie, c'est être capable de ne pas l'enfermer dans mes peurs ou mes limites.

Pour votre week-end, vous parliez d'un rituel "chamanique"...

Oui, le week-end proposera des animations destinées à permettre à chaque homme d'unir en lui-même la place du fils-qu'il-est avec celle du père-qu'il-devient (ou qu'il est déjà). Le rituel consistera en une marche sur les braises d'un vrai feu comme pour dire : oui, je m'engage dans le monde des pères. Il imprime en lui une mémoire corporelle et symbolique et donne une bénédiction : "tu es capable et responsable dans ta paternité et tu as le soutien de tes pairs !"

Devenir père est un devenir qui ne relève pas que d'une naissance. Il s'agit aussi, d'une part, d'un devenir symbolique à vivre entre pairs. Pour que l'homme devienne père, il faut que sa paternité soit instituée, c'est-à-dire humanisée par un rituel qui le célèbre comme Père. C'est le but de ce week-end. Et d'autre part, un autre projet étudie un rituel pour honorer l'alliance avec les femmes et les mères.

Philippe Rey

prey@infomaniak.ch

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